L’étonnement

Hi bitchies !

Tellement de retard dans l’écriture.. J’essaye de rattraper tout ça en vous écrivant régulièrement mais ce n’est pas chose facile ! J’ai longuement réfléchi à ce que pourraient être mes articles sur le wwoofing et finalement je pense n’en faire qu’un seul, dans un format un peu particulier puisque contrairement à ce que j’ai pu faire précédemment, il ne s’agit pas de vous conter le récit de mes aventures jour après jour mais plutôt de vous partager mon ressenti vis-à-vis de cette expérience. Accroche-toi lecteur, car tu vas avoir de quoi t’occuper pendant les 20 prochaines minutes et tout ça sans avoir beaucoup de photos, tu peux directement attendre le prochain article si tu veux voyager un peu avec moi 🙂

Prologue

Afin de vous expliquer mes motivations pour cette expérience, il est nécessaire, je pense, d’utiliser ce petit (ou pas) paragraphe pour vous expliquer un peu qu’est ce que c’est qu’il se passait dans ma petite tête un an auparavant, au moment où partant d’une envie, d’un « j’aimerai tellement », ce voyage a pu devenir réalité.

Cela faisait bientôt dix ans que j’étais rentré dans la « vie active », dix ans à travailler pour petites et grosses compagnies avec les aléas que cela amène. Quand je compare ces dix années à celles passées durant mon enfance, je me dis qu’elles représentent la période du collège jusqu’à la fin de mes études supérieures, ce qui à mes yeux est énorme. Et pourtant, j’ai ce sentiment d’avoir vécu bien plus de choses pendant mon enfance que ces dix dernières années. Cela s’explique par le simple fait qu’une nouvelle notion s’est installée dans ma vie : la routine. Jour après jour, se lever, aller bosser pour une boite qui semble préférer ses actionnaires à ses salariés, passer ses weekends à profiter du temps libre avec, toujours en tête, un travail qui ne me passionne pas, plus. La routine est à mon sens l’une des causes principales de la perte de l’étonnement, et l’étonnement est ce qui nous fait vivre intensément le temps qui passe lorsque nous sommes enfants. Voir chaque jour sous un angle différent, apprendre chaque jour de nouvelles choses, voir chaque jour de nouvelles têtes, de nouveaux paysages.

Pris dans ce train-train quotidien, je ne prends plus le temps, malheureusement, de profiter réellement des petits instants de la vie et de me poser de vrais questions sur ce que je veux, ce qui me rend heureux, où je vais, quel sera mon avenir, quel est le but de mon existence sur cette petite planète où le miracle de la vie a vu le jour et que l’Homme détruit petit à petit. Comme bloqué dans un quotidien mécanique dont il est difficile de s’échapper, à en devenir une fatalité. Ouai.. je sais lecteur.. je pars un peu en mode philosophie et je t’ai peut-être déjà perdu d’ailleurs, mais je m’en fous, je sais qu’au fond tu m’aimes quand même 🙂

J’ai commencé à penser à la Nouvelle-Zélande à peu près cinq ans auparavant. C’était un voyage facile, il était possible pour nous, français, d’obtenir un visa permettant de travailler et de faire du tourisme en même temps pendant un an. Le plan idéal pour tout lâcher et partir à l’autre bout de la planète afin de quitter un pays qui ne me plaisait plus. Je ne suis pas parti à cette époque pour plusieurs raisons, la première d’entre elles étant que je voulais le faire pour fuir, et fuir n’a jamais aidé à améliorer les choses. Puis, entre nous, ce n’est pas la meilleure des solutions lorsqu’il s’agit de se mettre en danger, puisqu’en général on le fait plutôt pour se mettre en sécurité 🙂

Et sont arrivées ces cinq années passées à Lyon. J’avais tout, le travail, les collègues au top, les amis, la famille et de quoi me divertir dans une des villes de France pour laquelle j’aurai eu l’un des plus gros coups de cœur. Mais voilà, toujours cette sensation du train-train.. Avec le recul, je pense que cela venait principalement de mon métier, qui reste quand même, avec « dormir » l’une des activités que je pratiquais le plus à la semaine. Il a donc fallu quelques années pour que l’idée mûrisse dans ma petite tête et finisse par se concrétiser d’une meilleure façon. Non pour faire du tourisme ou pour fuir mais pour vivre une réelle expérience, me mettre en danger, apprendre de nouvelles choses, changer ce train-train et retrouver cette sensation d’étonnement que j’avais étant gosse.

La première grosse goute d’eau tombée sur cette petite graine a été le premier séjour à l’étranger que j’ai pu faire en 2015. Partir un mois aux Etats-Unis et finir par le Burning Man a été ma première vraie expérience de voyage.. et encore je pense que le mot est mal choisi puisque cela s’apparentait plus à du tourisme. Mais bref, l’expérience m’a permis de voir que moi aussi j’étais capable de partir, de parler une langue qui n’était pas ma langue maternelle et donc, de voir autre chose que la France ou ses alentours. J’imagine les gens qui lisent ça et qui voyagent depuis qu’ils sont tout petits « Ahahah le gars il découvre le voyage et il est content, bah oui c’est facile de partir ! »… c’est vrai… mais quand on ne l’a jamais fait, c’est comme tout, il faut apprendre.

Le virus a alors fait son petit bonhomme de chemin dans mon organisme, et six mois après être revenu j’avais déjà mes billets pour partir au Cambodge et au Laos. Ce second voyage m’a permis de tester mes skills de backpacker pour la première fois. Voyager sans savoir où on dormira le soir, ou le lendemain, se débrouiller, faire des rencontres et vivre loin de son confort habituel, ce qui s’apparente déjà plus à un vrai voyage. Cette aventure m’a permis de faire la connaissance de Lovisa et Sebasthian avec qui j’ai passé deux semaines sur les quatre prévues du voyage. Ce sont deux suédois qui venaient de passer un an en Nouvelle-Zélande avant de partir pour un roadtrip de trois mois en Asie. Ils ont clairement été l’élément déclencheur, si eux l’avaient fait, je pouvais le faire aussi, sans compter toutes les personnes de mon entourage avec qui j’ai pu discuter qui avaient vécu ce type d’expérience (une spéciale pour mes cousins partis un an au Canada).

En revenant d’Asie, j’ai hélas eu la (mal)chance de me péter la cheville ce qui m’a valu trois mois d’arrêt et donc beaucoup, beaucoup, trop, de temps pour penser. A cet instant je n’avais qu’une idée en tête, partir un an en Nouvelle-Zélande, découvrir le pays, travailler, vivre comme un kiwi. Il ne s’agissait plus de fuir mais bien de vivre une nouvelle expérience, de retrouver un goût de liberté que seuls les voyageurs connaissent (et c’est là, pour moi, la grande différence entre un voyageur et un touriste : « Le voyageur voit ce qu’il voit, le touriste voit ce qu’il est venu voir », Gilbert Keith Chesterton, un mec que je ne connais pas mais que je respecte énormément, juste parce qu’il s’appelle Gilbert).

J’ai donc décidé après tout ça de prendre un Working Holiday Visa et de partir en Terre du Milieu, de me laisser porter par le voyage, les gens que j’y rencontrerai et essayer de m’initier à la permaculture. Et honnêtement, ce n’est pas dans la facilité que cela se ferait puisque je suis comme qui dirait au niveau -10 des connaissances dans ce domaine. Pour vous donner un exemple, je n’ai même pas réussi à m’occuper d’un cactus lors de ma précédente vie de citadin ! Putain de cactus, ils finissaient toujours par crever après quelques semaines.. et je ne vous parle pas de ma collection de Yukka, ceux qui me connaissent un peu savent à peu près à quoi ils pouvaient ressembler.. Je bouffe McDo ou Burger King, je fais mes courses à Simply, Carrefour, Auchan ou Leclerc, je bois du Coca à longueur de journée, je ne sais pas faire la différence entre un chêne et un hêtre, je ne suis même pas sûr que ça s’écrive comme ça ! Le recyclage pour moi ça se limite à la poubelle jaune et le conteneur à verre (c’est déjà pas mal me direz-vous) et… je n’ai aucune idée de la manière dont fonctionne une ferme, je ne sais même pas à quoi ressemble une vache quand elle n’a pas la tête de Nadine Morano !

Et c’est là qu’intervient le wwoofing, mais quoi que c’est ? Le terme WWOOF signifie World-Wide Opportunities on Organic Farms. Pour résumer, il s’agit de travailler pour quelqu’un en échange de la nourriture et de l’accommodation. En Nouvelle-Zélande il faut compter 4h de travail par jour, heures qui souvent sont aménageables pour, par exemple, avoir un jour ou deux de libre dans la semaine. Un plan vraiment idéal pour découvrir le pays par ses habitants, économiser un peu et, si on se débrouille bien, tester un nouveau métier ! J’ai donc décidé de m’inscrire sur un site de wwoofing et de chercher le terme « permaculture » en priorité. Cela m’a fait atterrir à Tauranga, dans une famille qui deviendra par la suite ma famille d’adoption

I – Découverte des lieux

L’arrivée se fera sous l’eau, un peu triste après avoir quitté Marine et stressé à l’idée de rentrer à nouveau dans l’inconnu, je fais la connaissance de Gareth, Kazel, Glady et Eli, la Cass family, ma nouvelle famille d’accueil qui devra me supporter pendant les 4 prochaines semaines.

Dès le départ, on sent que la famille est habituée aux wwoofers, Kazel me pose quelques questions, m’explique globalement quelles seront mes tâches et me fait faire le tour de la propriété. Elle déborde d’idées et d’envies, très motivée pour réaliser plein de projets intéressants, sachant que le projet est l’essence même de la permaculture, une ferme en constante évolution ou tous les éléments doivent être pensés et réfléchis afin de créer une harmonie nécessitant un minimum d’entretien. Lors de notre tournée, elle me montre la grange ainsi qu’une ancienne étable reconvertie en stockage à bois (et à tout en réalité, on y trouve aussi des meubles ou du foin). Je ne vais pas vous mentir, c’est un vrai bordel ! Leur priorité en arrivant ici, 4 ans auparavant, était de s’occuper de la propriété, construire les clôtures, aménager les différents espaces (pommiers, avocatiers, bee-keeping, chèvres, potagers et j’en passe.. la propriété est vraiment très grande). Ils ont donc laissé de côté les espaces leur permettant de travailler, ranger les outils ou encore de trier et ordonner les différents objets dont ils ont besoin pour faire tourner la ferme.

Gareth est professeur d’anglais et Kazel enseigne la permaculture et l’horticulture. Ils doivent donc s’occuper de la ferme en dehors de leurs horaires respectifs, ce qui explique le besoin en wwoofers pour avancer. En plus de cela, ils louent 3 habitations présentes sur leur propriété, ce qui fait de ce lieu une petite communauté et demande donc beaucoup de temps et d’énergie. Cette place a d’ailleurs un nom, elle s’appelle Woodstock et un site Internet est disponible pour de plus amples informations sur les lieux (http://kazel.co.nz/wwoofing)

Je ferai également la connaissance de Morgan, un kiwi qui vit dans la ferme depuis bientôt 2 ans en tant que woofer permanent. Ses tâches consistent principalement à gérer les travaux en extérieur : élagage, entretien des clôtures, mécanique. Il a également fait un premier travail de tri dans la grange et dans l’étable (je n’ose même pas imaginer dans quel état c’était avant..). Ensemble nous formerons la petite équipe de wwoofers qui transformera en quelques semaines ces lieux non utilisés en véritables ateliers où naîtrons, dans le futur, tout un tas de projets de permaculture.

J’ai donc Kazel qui est mon chef, Gareth mon prof d’anglais et Morgan mon collègue. Mais cet équilibre qui se met en place à un goût de travail trop prononcé et manque un peu d’aventure. En effet, étant loin de la ville, mes sorties seront limitées à la journée ce qui rend le programme bien différent de ce que j’ai pu vivre les semaines précédentes. C’est là qu’intervient Tui, la nièce de Kazel qui habite également à Woodstock, qui a mon âge et qui a un amour passionnel pour les waterfalls. Elle et sa fille Jordan partent souvent à l’aventure dans les environs, elles me proposeront par la suite de les accompagner. Cela sera mon unique lien vers l’aventure et la découverte des environs dans un coin où la nature est toujours aussi resplendissante.

Les derniers membres de la communauté de Woodstock sont Kirsty, Kim et Jen, les locataires des logements que j’évoquais précédemment. Ils feront aussi parti de mon quotidien puisque je les croiserai tous les jours, chacun apportant sa pierre à l’édifice de cette petite communauté kiwi.

II – Travail

Je comprends que j’aurai le champ libre en ce qui concerne mes activités et que je ne commencerai pas par faire du jardinage, je propose donc à Kazel de mettre à son service mes compétences de bâtisseur, compétences que j’ignorais avoir jusque là… Je profite de ce petit paragraphe pour dire un grand merci à mon cher géniteur, alias MacNanard, de m’avoir donné tant d’idées de par sa passion du bricolage et du modélisme.

Je leur propose de réarranger la grange et l’étable pour en faire, un atelier de bricolage et de travail du bois pour la première et un atelier spécial mécanique pour la seconde où entretenir tronçonneuse et autre outils de jardinage nécessitant un peu de maintenance. Kazel deviendra vraiment intéressée par mes idées et me laissera mener à bien ce projet qui me prendra au moins deux semaines à mettre en œuvre. Première étape, organiser tout le bordel afin de libérer un peu de place pour construire ce qui sera mon atelier de travail dans la grange et ensuite utiliser cet atelier pour construire étagères et autres rangements afin de libérer de la place et avoir un vrai lieu de travail. Deuxième étape, tout trier, ranger, aménager et nettoyer.

Voici un point qui m’a énormément intéressé durant cette expérience, j’étais venu avec l’idée de faire du jardinage, apprendre à connaître les différents arbres, plantes, herbes et tout un tas d’autres choses importante pour se lancer dans la permaculture. Au final j’aurai découvert un autre aspect de l’activité qui consiste à s’approprier les lieux et à se fabriquer les outils nécessaires à la réalisation d’un tel projet. Construire des étagères avec du bois de récup, organiser et faire en sorte que chaque espace ait un but bien défini, discuter avec Kazel et comprendre quels sont ses besoins pour aménager et organiser de la façon la plus optimisée possible. Tout ça a été une première révélation, mes compétences acquises à Lyon de gestionnaire de projet pouvaient être utilisées dans un domaine totalement différent. Et cela fait un grand bien de réaliser à quel point, un métier qui me paraissait inutile jusque là a pu au final être bénéfique, j’avais désormais le sentiment que tout ce temps passé avait vraiment servi à quelque chose.

Je n’ai hélas pas beaucoup de photos avant/après, mais j’ai quand même essayer de vous en sélectionner une en ce qui concerne la grange sachant que le travail était déjà commencé

Grange / Pendant

Grange / Après

Etable

Deux à trois semaines sont passées avant que les travaux soient terminés dans la grange et dans l’étable, mais plein d’autres tâches devaient encore être réalisées sur la ferme. Un jour bien ensoleillé, comme j’en verrai beaucoup d’autre ici, Kazel me demande si j’ai vu la rivière.. Je pense tout de suite à la rivière qui si situe à une dizaine de minutes de la propriété mais ce n’est visiblement pas de celle-ci qu’elle parle, je comprends alors qu’il y a une rivière directement sur leur terrain. Elle m’y emmène en me posant la question « tu préfères passer par le bois ou par les champs ? », j’avoue ne pas avoir à ce moment la traduction de « bush » du coup je choisis les champs, et je découvre alors une partie de la propriété que je n’avais pas soupçonnée jusqu’ici.

Elle m’emmène derrière la maison, on passe par un premier champ, celui des chèvres, une vue imprenable sur les collines qui nous entourent puis nous descendons, passons une seconde barrière, arrivons dans un second champ qui est aussi utilisé pour les chèvres.

J’entends petit à petit un son d’eau qui coule et qui devient de plus en plus bruyant à mesure que nous nous approchons. Elle me fait enfin passer par-dessus une clôture et d’ici, dans une partie boisée du terrain, je devine en contrebas la fameuse rivière. Il s’agit plutôt d’un gros ruisseau mais dans lequel il est tout de même facile de se baigner. Suite à la tempête de mars, le niveau de l’eau est d’ailleurs particulièrement élevé, elle ne peut donc pas m’emmener de l’autre côté du ruisseau dans une petite clairière que je découvrirai plus tard. Je suis complètement subjugué par la beauté de ces lieux qui se trouvent à quelques dizaines de mètres de la maison et que je n’avais pas encore trouvé malgré mes quelques balades dans les environs. Elle finit par m’expliquer qu’il serait intéressant d’avoir des escaliers pour descendre à la rivière, et croyez-moi, il ne m’a pas fallu longtemps pour m’exécuter.

C’était donc ma nouvelle tâche et sincèrement, quand on passe son temps dans un bureau, en costard (ou pas), devant un ordinateur ou à faire le beau devant les clients, ce n’est pas à ce type de job que l’on rêve ? En tout cas c’était mon cas. J’ai passé les trois jours suivants à prendre des mesures, couper du bois, creuser, monter des marches et prendre des pauses à côté de cette petite rivière, je me suis même arrangé pour fabriquer un pont de fortune et aller de l’autre côté ou j’ai pu suivre la rivière et trouver une petite cascade tout simplement magnifique. Je vous avoue que j’ai un peu traîné des pieds sur cette tâche tant le contexte était fou.

Un des derniers gros jobs que j’ai fait nous a amené à Whakatane, une ville située à 2h de Tauranga dans laquelle Kazel loue une autre maison. Le but du job était de faire de l’élagage et on y passera deux jours complets avec Gareth et Morgan. C’est encore une chose que j’ai appris ici, couper des arbres, et le faire correctement afin que ces derniers repoussent comme on le souhaite par la suite. Sans m’attarder plus sur ce boulot, cela était vraiment excellent et m’a permis de passer plus de temps avec Gareth qui, la plupart du temps, est au travail pendant que je bosse et reviens quand je suis cloitré le soir dans ma chambre. Je rigole encore en repensant à Morgan que l’on a laissé sur le toit de la maison pendant que l’on allait à la décharge vider la remorque.. Et oui ! Il ne fallait pas enlever l’échelle avant de partir ! Le pauvre a du redescendre par un arbre…

III – La vie à la ferme

Les kiwis ont vraiment un rythme différent du notre ! Ils se lèvent très tôt le matin, souvent à 6h, et ne déjeunent pas vraiment le midi. Le repas du midi est d’ailleurs plutôt en mode sandwich et sucré, chose assez surprenante pour nous autres frenchies, sans qu’il y ait un horaire fixe, on aura donc tendance à manger chacun dans son coin quand la faim se fait sentir. Le soir tout le monde à table à 18h et à 20h le grand calme s’installe dans la maison. J’ai déjà au moins 3h de décalage avec eux, il faudra donc s’adapter.

Les journées à Woodstock deviennent rapidement assez rythmées. Levé à 8h, je déjeune, puis travaille en général de 9h à 14h, sachant que j’adapte en fonction de mes envies ce qui fait que la routine est à peine palpable. L’après-midi sera consacré à l’écriture du blog, la retouche des photos et beaucoup de divertissement ! Je passerai d’ailleurs pas mal de moment près de la rivière, coin qui deviendra mon petit paradis de méditation où je peux lire et profiter du paysage. L’autre chose vraiment plaisante ici sera le piano et la guitare disponible, le moment parfait pour s’entraîner un peu et essayer d’apprendre de nouveaux morceaux ! Bon… j’avoue que je me contenterai d’améliorer les morceaux que je connais déjà, par peur de souler la pauvre Kazel qui travaille la plupart du temps à la maison.

Les soirées sont assez différentes les unes des autres. Je passe certaines soirées avec Morgan dans la grange à refaire le monde, d’autres soirées à écrire ou à mater des films et séries mais mon passe temps favori reste quand même de m’allonger sur le trampoline et de regarder les étoiles. Il n’y a pas vraiment de détails croustillants à vous raconter si ce n’est que j’ai vraiment apprécié tout ces moments car, contrairement aux semaines précédentes, l’idée n’était pas de s’étonner par les paysages mais bien de s’étonner par l’apaisement et la tranquillité qu’amènent ces lieux.

Plus le temps passe à la ferme et plus l’idée de travailler dans les champs à ramasser des fruits 8h par jour pour gagner quelques dollars me révulse. Je prendrai donc la décision de consacrer la majeure parti de mon temps passé en Nouvelle-Zélande à faire du wwoofing, et pourquoi pas ici à Tauranga si la famille m’accepte plus longtemps ! Je profiterai des deux premières semaines pour revendre ma voiture afin de mettre un peu d’argent de côté pour le roadtrip sur l’île sud, que je compte faire également en six semaines sans trop vraiment savoir quand. Morgan m’aidera en m’amenant chez des amis à lui afin de savoir quelles sont les réparations à envisager sur la Honda, notamment pour la boite auto qui déconne un peu beaucoup. Au final, je reverrai Chloé (lire « En quête de Mordor » si vous avez un trou 😉 ) qui me mettra en contact avec des amis à elle, puisque cette dernière travaille également à Tauranga, dans le fruit picking. Je finirai par vendre la voiture à une de ses amis en étant, contrairement à mes deux français préférés, un peu plus honnête sur la marchandise.

Enfin, lorsque je ne passe pas mon temps libre avec Morgan ou dans ma chambre, Tui m’emmène et me fait découvrir les waterfalls de la région. J’adore Tui car elle représente vraiment l’image que j’ai des kiwis, très attachée à la nature et dans un délire un peu hippie, elle est toujours de très bonne humeur, aime les choses simples et a toujours le sourire quand elle vous parle. C’est un vrai rayon de soleil. J’ai vite compris que son amour passionnel pour les chutes d’eau étant essentiellement dû au fait qu’elle adorait s’y baigner… même quand l’eau est à 5°C… et c’est une chose que j’apprendrai à mes dépends lors de notre deuxième sortie vers l’une des cascades les plus magnifiques que j’ai pu voir jusqu’ici. Tui m’avait prévenu que le chemin pour y accéder était « un peu dangereux », mais comme elle m’a dit, « j’y ai été avec ma fille ». Du coup je ne me suis pas vraiment posé la question, et je l’ai suivi lorsqu’elle m’a proposé d’y aller un jour de grand soleil. J’ai vite compris que le chemin était, en effet, vraiment dangereux, notamment quand il a fallu desescalader cette paroi de 5m, sans cordes ni matériel, avec juste le vide derrière nous. Les échelles permettant de descendre en bas de la colline étaient toutes en très mauvais état (rouille, barreaux manquants, voire même complètement détachée de la paroi) mais cela rendait l’aventure vraiment excitante. Et Tui, tout naturellement, à fait ça pieds-nus quand moi j’étais en chaussures de randonnée.. touriste de base avec une kiwi expérimentée 🙂 Mais une fois arrivé, j’en ai clairement pris plein les yeux, cette cascade était juste sublime

Tui n’a pas attendu longtemps avant de plonger pour aller se caler dans la cavité située derrière la cascade. Je l’ai suivi sans vraiment réfléchir.. et c’est à cet instant que j’ai compris pour les 5°C, l’eau était tout simplement gelée ! Il m’a fallu une bonne minute pour reprendre ma respiration et avancer vers sa direction, une fois le corps habitué à la température tout était ok. Une sensation d’être vivant juste impossible à décrire.. je comprenais désormais pourquoi elle adorait ça.

Elle m’emmènera également dans d’autres petits coins de paradis dont je vous partage ci-dessous les quelques photos que j’ai pu prendre

IV – Et après ?

Nous voilà fin avril, une amie est de passage à Tauranga, elle est au beau milieu d’un roadtrip en van et profite de cette étape pour faire une pause non loin du Mont Manganui et passer une journée en ma compagnie. Je suis content de revoir une tête connue et de passer cette journée avec elle, ce petit bout de France venu de l’autre côté de la planète. Après l’avoir vu nous échangeons rapidement et je finis par décider de m’incruster dans son roadtrip. En effet elle compte faire l’île sud en trois semaines et c’est pour moi la meilleure occasion de visiter cette île qui est décrite par tout le monde comme la meilleure des deux de Nouvelle-Zélande. Tui doit également partir en avion pour l’île sud début mai, le moment parfait pour faire la route jusqu’à Auckland avec elle et prendre l’avion direction Nelson, au nord de l’île sud. J’y rejoindrai mon amie ainsi que son van pour parcourir les routes de ce pays magnifique avant que l’hiver ne débute et ne change les paysages. Il y a donc une date de fin de fixée à ce wwoofing mais avec toujours en tête, l’idée de revenir après mon roadtrip, ce ne sera donc qu’un au revoir à la famille Cass, l’occasion également de laisser quelques affaires dont mon ordinateur afin d’alléger mon sac pour les prochaines semaines.

Et maintenant, que retenir de cette expérience. Et bien tout, je dis bien tout, était tout simplement exceptionnel. Le travail que j’ai pu faire toujours avec la musique dans les oreilles et le sourire aux lèvres. Cette sensation, je ne l’avais pas réellement connu depuis mon entrée dans la vie active et elle m’a redonné une confiance absolue, je n’imaginais pas prendre autant de plaisir à me lever tous les matins pour aller travailler et cela m’a permis d’ouvrir les yeux sur ce qui me plaisait vraiment. Et quel bonheur de se perdre dans la propriété que ce soit dans le bois situé derrière la grange, dans les champs où l’on peut croiser les chèvres toujours contentes de nous voir, près de la rivière si magnifique ou encore parmi les pommiers et les avocatiers où l’on peut ramasser les fruits et les consommer directement sur place sous le soleil écrasant de la Nouvelle-Zélande.

L’accueil, la gentillesse et la bonne humeur de cette famille chez qui on se sent tout de suite comme à la maison, ils deviendront d’ailleurs pour moi une vraie famille au fur et à mesure du temps qui passe ici. Et c’est ce qui est frappant en Nouvelle-Zélande. En France, la culture de l’égo est omniprésente dans les grandes villes, c’est quelque chose que l’on ne perçoit plus tant on en est imprégné. Il suffit de penser à notre réaction lorsque l’on voit des SDF, la plupart du temps nous passons à côté en détournant le regard, si l’on voit une personne perdue dans la rue, rares sont les gens qui se dirigent vers elle afin de l’aider à trouver son chemin. Les gens ne sourient pas, marchent vite, se bousculent, s’insultent dans les transports en commun ou au volant de leur voiture. Ici les choses sont vraiment différentes et croyez-moi, cela fait un bien fou. La majorité des kiwis que vous croiserez vous diront bonjour, avec un sourire sincère. Ils sont prêt à vous aider si vous semblez perdu ou en galère, pour porter vos sacs par exemple. Si vous marchez sur un bord de route, il est fréquent qu’une voiture s’arrête et vous propose de faire un détour pour vous déposer ou vous rapprocher de votre objectif. C’est une culture de l’autre, un bien-être permanent, une mentalité que nous devrions importer en France. Et la légende dit vrai, personne ne ferme sa maison à clé ici.

J’ai vraiment eu le temps de me poser beaucoup de questions et d’y trouver des réponses pendant ces quelques semaines, à découvrir la culture locale, le mode de vie des néo-zélandais ainsi que leur personnalité. Ces réponses ont amené d’autres questions auxquelles je devrais trouver des réponses également, la principale d’entre elles étant : « veux-tu vraiment repartir ? »

Je tiens à remercier tout ceux qui ont eu le courage d’aller jusqu’au bout de cet article un peu particulier, j’espère que le format vous aura plu et ne vous inquiétez pas, le prochain retrouvera une forme classique avec carnet de voyage et photos magnifiques 🙂 Je vous fais donc des gros bisous et vous dis à bientôt, en espérant que, pour vous, tout se passe hyper, mais alors hyper, hyper, hyper bien au bureau !

3 réflexions sur “L’étonnement

  1. I/Contexte
    J’ai emménager à Paris il y a tout juste un mois pour un nouveau boulot, chargée de mission qualité chez médiamétrie (Si, si tu connais, les calcules d’audience toussa toussa). Je lis cet article pendant ma pause déjeuner, devant mon ordi. Ce nouveau boulot contrairement à l’ancien est très peu stressant; ce nouveau boulot, comme l’ancien, n’est pas des plus intéressant

    II/Félicitations
    II.1 pour les photos
    Le portrait est fantastique, très parlant, tu vois la photo tu te dis « si je croise ce type je vais passer des heures et des heures à discuter avec lui ». Son visage est chargé d’histoire et tu as su l’immortaliser

    II.2 pour le récit
    je crois que c’est le premier article qui fait ou vraiment, j’ai l’impression d’y être. Pas besoin de faire travailler mon imagination, à la description que tu en fait les images arrivent d’elles-mêmes. Et cette façon de décrire ce que tu ressens, tes impressions, ta façon d’exprimer tout ça… chapeau melon l’artiste

    III/ Critiques
    Parce que c’est bien mignon de t’envoyer des fleurs mais bon, faut contre balancer aussi. Je trouve ton paragraphe sur la France un poil trop dur. effectivement on a une certaine culture de l’égo et nous avons tendance à tourner aigri et individualiste. Mais je vois des comportements sur Paris auxquels je ne m’attendais pas : la petite bourgeoise du 11ème en tailleur qui amène chaque matin au sans abris en bas de chez un café et de la nourriture pour son chine, café qu’elle prend avec lui et avec qui elle discute, des excuses dans le métro quand je me fait bousculer, un mouchoir proposé quand j’ai un coup de blues et que je verse ma larme, suivi de « vous voulez aller boire un verre et discuté un peu »
    Alors ok, c’est pas énorme, surement rien comparé à la Nouvelle-Zélande, mais on en gagne, et ça me paraissait important de le souligner

    IV/ Question
    Si tu restes là bas, ça serai pour faire quoi? reprendre ton boulot d’avant? continuer sur le wwoofing dans cette famille fantastique que tu nous as présenté?

    V/Remerciement
    Encore merci pour tes articles et ne nous fais pas trop attendre pour la suite

    VI/ Spécial dédicace
    JOYEUX ANNIVERSAIRE !!!!!!!!!!

    1. Merci pour tes commentaires qui, comme toujours, me donnent le sourire 🙂
      Merci pour l’anniversaire aussi au passage ! 😀
      J’ai aussi écrit cet article dans le but d’avoir ce type de retour, je pense que c’est bien de discuter sur ce que l’on ressent de notre pays, de nos habitants, de l’ambiance générale qui se dégage en France. C’est difficile de se faire une idée lorsqu’on est tous les jours dedans. J’ai évidemment énormément vulgarisé mes propos, tu comprends que je ne peux pas faire une rédac de 10 pages sur ce sujet dans un format comme celui-ci. Il y a évidemment des choses positives en France, il n’y a évidemment pas qu’une culture de l’égo omniprésente pour toute personne habitant le territoire. Il y a évidemment des gens qui aident les SDF, qui sourient dans la rue, qui sont heureux, qui kiffent la vie tout simplement. La différence avec la NZ, à mon goût, c’est que les proportions de ces gens sont surement inversées, en tout cas de ma fenêtre de backpacker. Je n’ai pas de chiffres ou de concret à te donner pour justifier ces propos qui sont, comme le reste de cet article, basé sur l’émotionnel. Je raconte ce que je vis tel que je le vis. En étant en France, je vivais au jour le jour dans cette ambiance triste ou tout ce qui compte c’est de faire la fête le weekend pour oublier nos tafs de merde, le nombre de personnes avec qui je discutais qui se plaignaient de tout, tout le temps, et j’en faisais parti ! Ici, c’est que du positif, peu importe qui je croise. Même Morgan, qui a une histoire franchement, mais franchement pas rigolote du tout, raconte toujours tout avec le sourire et de façon positive, et c’est ça à mes yeux la grande différence. Ils sont moins bien lotis que nous, en terme de protection sociale et de sécurité de l’emploi notamment. On devrait plutôt se rendre compte de nos chances et se battre pour les garder, car au vu des résultats des dernières élections en France, j’ai vraiment un doute sur notre avenir à ce niveau, et entre nous, quitte à vivre dans un pays ou la sécurité de l’emploi et la protection sociale n’existent plus, autant le faire dans un pays où la majorité des gens ne tirent pas la gueule en permanence.
      Après, je pense surement tout ça car j’étais trop impregné de la vie française, trop dans le bain. Je changerai peut être d’opinion en revenant, la fraîcheur de la découverte cachant très certainement les mauvais côtés de ce pays.
      Pour le boulot, aucun projet, juste du wwoofing pour le moment, ça me va 🙂

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